_dsc1476-1mini« Est présente une forte odeur dalcool. Cet alcool est logique et restera. Frais comme chaleureux, clinique comme boisé. Le papier est imbibé de parfum, je crée un origami avec ce dernier, une géométrie. Je veux être méthodique. Premières impressions.

Du bois, le matin, de lombre. Il est humide. De l’écorce ? Il doit pleuvoir. Et sur le sol ?

Il me donne froid, je reste dans la forêt. Maintenant vient le jour, la peau se réchauffe et jentends de leau circuler près de mes mains.

Le papier est enfermé dans une boîte de métal depuis trois jours.

Toujours dans cette forêt, je sens la pesanteur, laltitude nest pas loin.

Tout circule rapidement, sereinement. Il est fluide.

Je nai plus besoin douvrir les yeux, je deviens la forêt, les végétaux. »

13950941_10209866820488734_1384037947_o

Tu es graphiste et photographe, comment s’articulent les deux disciplines dans ton quotidien ?

J’ai toujours fait de la photo – mon père a travaillé vingt ans chez Kodak. Dès mes 4 ans, j’ai eu un appareil photo dans les mains. Après, au lycée : de la pellicule, puis du numérique, parce que c’était plus simple. Ça fait trois ans que je suis revenu exclusivement à la pellicule. Je trouve que c’est plus intéressant. Il y a plus de charme, le viseur est plus confortable. C’est grâce au viseur que je peux penser mes photos. En numérique, tu penses moins. Quand j’ai découvert le graphisme, c’est-à-dire assez tardivement, en terminale, je me suis rendu compte que c’était géré et communiqué par l’image. La photo est un medium. Manipuler l’image et communiquer par elle englobait plus de choses. Après ma licence, j’ai été assistant photographe. C’était en 2010, et déjà qu’aujourd’hui les places en graphisme sont chères, mais dans la photo, c’est catastrophique… Là, je parle vraiment de la dimension professionnelle des deux disciplines. Mais en tant que (je ne me dis pas artiste)… photographe… je pense quotidiennement à la photo que j’ai envie de prendre et surtout je ressens le besoin d’apprendre, apprendre, apprendre, toujours plus. La photo est plus évidente quand on est en voyage, donc je me débrouille toujours pour faire un grand voyage par an.

Comment as-tu procédé pour sentir ta matière première ?

13940954_10209866820448733_1248554915_nJe me suis concentré, presque en état méditatif sans musique, sans rien, pour me focaliser sur le nez. J’ai fait une sorte de cartographie de l’odeur. Aucune nouvelle note ne se dégageait, mais cela confirmait mes premières impressions.

Est-ce que tu as fait sentir à quelqu’un d’autre ?

J’ai beaucoup parlé de ce projet. Mais j’avais vraiment envie de sentir seul.

Penses-tu que ta matière première soit synthétique ou naturelle ?

Je pense qu’elle est naturelle. Ça m’a évoqué des visions végétales, dans la nature. La nature, l’eau, la circulation : organique et végétale, la dualité des deux. C’est pour cela que j’ai voulu photographier le lichen entre la forêt et la plage. Le lichen était en plein soleil. C’était la structure de cette matière qui m’intéressait. Quand je dis organique, c’est quelque chose d’intérieur, comme une respiration. Cela m’évoque aussi une vision que j’ai parfois quand je suis très fatigué : des viscères de couleurs vives ou un nœud de serpents. C’est très beau.

Pourquoi le noir et blanc ? De quelle couleur vois-tu ta matière première sinon ?

Je voulais quelque chose de très contrasté. J’ai poussé la chimie au développement dans ce sens. J’ai voulu diriger le regard, le focaliser, couper la matière de son environnement, le noir et blanc permettait cela. Je ne peux pas donner une seule couleur à cette fragrance : imagine cinq couleurs dans la forêt ! Avec beaucoup de lumière. Une forêt sèche mais avec de l’eau.

Pourquoi la macro ?

Ce n’est pas une technique que j’utilise habituellement. Mais j’ai choisi de la privilégier ici pour obtenir un effet microscope. J’ai aussi joué sur la profondeur de champ pour avoir cet aspect de crémeux qui s’assèche.

Portes-tu un parfum ?

Non, depuis trois ans, plus envie. Je me suis neutralisé. Savon de Marseille uniquement, plus de déodorant, plus de parfum.

Y a t-il une odeur qui t’a particulièrement marqué ?

Il y a en a une qui m’a beaucoup marquée ; celle du plastique d’un poupon quand j’étais enfant. Et sinon, l’odeur de patchouli d’une ex quand j’avais 18 ans. Elle mettait de l’huile essentielle directement sur sa peau, par petites touches. Toujours troublant de croiser cette odeur.

Retrouvez le travail de Quentin Convert sur son site Internet !