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Poésie, prose, musique, slam, pourrais-tu nous présenter ton parcours artistique ?

Dès que j’ai appris l’écriture, elle m’est apparue comme un art.

­J’ai beaucoup écrit de poésies et de nouvelles pendant l’enfance et l’adolescence, mais sans suivi. Je n’en gardais pas de trace, c’était plutôt compulsif. Mais je savais depuis très jeune que je voulais devenir «­ écrivain ».

Un jour, à la fac, il y a eu une avant-première du film Slam, avec Saul Williams. Des slameurs faisaient une démonstration à la fin. C’était une révélation, cette forme d’écriture et d’interprétation me correspondaient. J’ai donc commencé à fréquenter ce milieu.

En 2006, j’ai rencontré des musiciens avec lesquels nous avons formé le groupe Rue de l’Hagard. Avec le recul, c’était un projet assez expérimental, qui n’a jamais réussi à se définir entre Hip Hop et spoken word. C’était sa richesse, et sa limite. Jusqu’à notre séparation en 2011, ce projet m’a permis de vivre plein de merveilleux moments de scène, et une aventure humaine inoubliable.

Ensuite, il a fallu que je me réinvente en quelque sorte. Je suis revenu à un travail d’écriture plus solitaire, qui m’a rappelé mon ambition initiale d’écriture littéraire. Même si je collabore régulièrement avec des musiciens, je suis quelqu’un du verbe plus que du son.

Quelques mots pour décrire ton travail ?

Je ne cherche pas à déconstruire la langue, j’ai un grand respect pour ses règles. Je suis très attaché au sens, et à la richesse du vocabulaire que j’utilise. Mon style est très classique, même si mes thèmes sont contemporains. Celui de Vérone (NDLR : son texte pour Première Matière) est à ce niveau vraiment une exception, avec sa dimension historique. Mais l’odeur m’a emmené là-bas… Quoi qu’il en soit, par l’écriture, je cherche à coder une empathie, donner avec des mots et des images les coordonnées de sensations et de sentiments vécus. C’est ça pour moi la magie de l’écriture : de petits traits noirs sur fond blanc qui vous font vivre intensément des situations inconnues. En littérature, on montre les coulisses : ce que disent et font les personnages, mais aussi le point de vue qui les y amène. J’aime « défendre » les marginaux, les gueules cassées et autres canards boiteux. Prouver qu’à leur place, les choses ne sont pas si simples. C’est une quête de tolérance et de compassion, que je partage avec le lecteur.

Comment as-tu appréhendé le projet que nous t’avons proposé ?

Avec beaucoup d’enthousiasme ! Avec mes ami(e)s qui écrivent, on échange beaucoup sur ce précepte : « montre, ne dis pas ». Ne pas dire qu’un personnage est triste, mais l’illustrer par la façon dont il boit son café par exemple. Alors introduire l’odorat dans l’écriture, c’était un immense défi. C’est sans doute le sens le plus mystérieux dans le fond, le plus éloigné du langage, et qui a pourtant un accès direct à notre mémoire sensorielle.

Comment as-tu procédé pour sentir les odeurs ?

Je me suis levé tôt un matin, pour être vierge d’autres sensations. J’ai ouvert une fiole, noté tout ce qu’elle m’évoquait, puis j’ai fait pareil avec la seconde. J’avais sous-estimé le mélange qu’elles allaient produire, à la fin elles avaient comme fusionné. D’ailleurs je pense que l’autre odeur est aussi quelque part dans mon texte. C’est peut être elle qui m’a inspiré le ton, alors que la première m’a donné l’arrière-fond spatio-temporel.

As-tu fait sentir les petites fioles à des proches ?

J’ai échangé avec Martin. J’avais peur d’être passé à côté d’une verbalisation cohérente de ce que j’avais senti. Il m’a fait comprendre que ce n’était pas un test, qu’il ne s’agissait pas « d’avoir bon ». Mais il a aussi validé en quelque sorte mes perceptions, et ça m’a donné confiance.

Quels mots/sensations te semblent correspondre à l’odeur que tu as choisie ?

Je n’ai pas gardé mes notes, et je n’ai plus senti les fioles une fois que je me suis mis à écrire. J’avais une idée bien précise de ce que je voulais faire, alors je n’ai pas pris le risque de changer d’avis. Mais disons qu’elle m’a évoqué le vernis, donc la peinture, donc un peintre. Le reste est dans la nouvelle !

Tu avais déjà participé au blog Journal d’un anosmique pour une interprétation du Mâle de Jean-Paul Gautier. L’exercice t’a-t-il paru différent cette fois-ci ?

Oui, c’était avec mon très cher Pierre Gris, présent aussi dans ce livre avec un superbe dessin ! Je vois dans ces participations deux exercices de style très différents. Un parfum a déjà son nom, son univers marketing qui charrie en lui-même des valeurs, une esthétique. Il était impossible d’en faire totalement abstraction. On dialogue avec des images existantes, avec l’idée que le lecteur se fait déjà de ce parfum, marqueur social par excellence ! Là, on était vraiment plus dans quelque chose de primaire, d’inconscient, d’instinctif. Beaucoup plus de liberté, mais beaucoup plus de doutes aussi.

Quelles sont les odeurs qui te plaisent ? Te déplaisent ?

Les odeurs qui me plaisent le plus renvoient à la cuisine. En particulier celles de gâteaux qui cuisent au four : ça veut dire qu’on a le temps, que tout va bien, peut-être qu’il y a des enfants… Sérénité et gourmandise au menu ! Je pense aussi à celle du riz au lait. Quand j’étais petit, ma grand-mère en faisait des galettes. On en mangeait des tonnes, le sourire jusqu’aux oreilles ! Dans un autre style, mais dans le même lien avec le « foyer », il y a le feu de cheminée. Encore des souvenirs d’enfance, à la campagne, au calme… Par contre, je n’aime pas l’odeur de l’artichaut qui bout.