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Désirée est graphiste, Benjamin est plasticien. Ils ont travaillé en duo pour le projet Première Matière, et ont suivi un protocole très spécifique pour réaliser leur œuvre…

« Nous avons voulu retranscrire nos impressions sur une période de 24h. Toutes les heures, nous avons senti l’évolution de notre échantillon sur une bandelette de papier. Nous avons déterminé plusieurs familles olfactives dans lesquelles nous avons classé les odeurs perçues. Chaque famille étant associée à une couleur, nous avons choisi dexprimer notre impression heure après heure sous forme de plages colorées qui rappellent les bandelettes test. Une fois ces 24 bandes mises bout à bout, nous avons observé lapparition dune « ligne » diffuse au centre de limage. Elle pourrait représenter la composante dominante de notre matière première. »

Avez-vous fait des recherches sur les familles olfactives qui existaient ?

D.T. : J’ai commencé à le faire, oui. Et puis on a vite arrêté.

B.R. : On est pas vraiment allé dans le détail car on s’est rendu compte que dans les matières premières il n’y avait pas forcément une note de tête, une note de cœur, une note de fond. C’était donc un peu compliqué à appréhender. Nos recherches n’allaient pas forcément aboutir à grand chose. Mais avec tout ce qu’on sentait dans notre fiole, on a pensé qu’on pouvait malgré tout trouver des indications. Étrangement, on ne sentait jamais une unique matière première. On ne retrouvait pas notre odeur dans les familles ordinaires, c’était trop spécifique… Alors on a fait autrement.

Comment avez-vous travaillé à deux ?

D.T. : On a senti la matière première puis on a pris des notes. Chacun avait sa bandelette, on était loin l’un de l’autre. Il y avait du boisé, des notes sucrées, d’autres épicées, du poivre… Quelque chose qui nous rappelait l’Orient.

B.R. : On devait réfléchir à comment fonctionner ensemble – c’est d’ailleurs marrant, car on est en train de se redistribuer les mêmes rôles que pendant l’expérience. On a commencé chacun de notre côté, puis on mettait en commun.

D.T. : Parfois, on était pas d’accord. On se disait : « Mais comment tu as pu sentir ça, c’est pas possible, tu peux pas avoir un truc si salé ?! Ça va pas du tout ! »

B.R. : Bon, on avait quand même les grandes lignes en commun. D’ailleurs, la ligne centrale qui s’est dessinée au milieu du visuel c’est ce qu’on trouvait toujours tous les deux. Il y avait aussi des notes un peu particulières que seulement l’un de nous sentait : on les a laissées comme ça car c’était dommage de ne pas aller chercher dans les choses qui différaient entre nous. C’est pour ça que de temps en temps, il y a des bleus qui apparaissent ; des eaux salines que Benjamin avaient perçues par exemple.

Quel a été votre protocole ?

D.T. : La première expérience qu’on a fait, on l’a voulue très proche de ce qu’on sentait – trop proche finalement. On avait décidé d’une gamme colorée qui correspondait à des odeurs et dès qu’on sentait, on mettait la couleur correspondante sur un dégradé. On travaillait avec des pourcentages. C’est-à-dire : je sens tant de pourcent de ça, tant de pourcent de ça.

B.R. : Mais entre 23 et 24 pourcents par exemple, comme se décider ?

D.T. : Ça devenait n’importe quoi et ça ressemblait à un gros mélange de couleurs qui ne ressemblait plus du tout à notre matière première.

B.R. : J’avoue que c’était beaucoup trop protocolaire. Trop prosaïque.

D.T. : C’était de sa faute ! C’est aussi la difficulté qu’on a eue car Benjamin a une manière de travailler qui est toujours très protocolaire. Dans ses œuvres, c’est le protocole qui compte plus que le résultat final. Moi ça n’est pas tout à fait ça, c’est même plutôt le contraire. C’était un peu compliqué de se mettre d’accord là-dessus et d’arriver à trouver un juste milieu.

B.R. : On a eu un grand moment de découragement… Ce jour-là, on a arrêté d’y réfléchir pendant une petite heure et puis finalement, ça a décanté. On a enfin trouvé un lien entre ma façon de travailler et celle de Désirée. Je ne suis quand même pas fermé à toute forme d’esthétique. Bien sûr, ce qui compte pour moi c’est le concept, et après seulement, il y a l’esthétique.

D.T. : Alors que pour moi, c’est très important.

Comment avez-vous défini votre palette ?

D.T. : Nous avons travaillé à partir de ce qui nous paraissait l’odeur la plus lourde jusqu’à la plus légère, ce qui donne : Eau salée : bleue / Bois : vert / Miel, confit : jaune / Pot-pourri, liquoreux : orange / Floral : Rose / Oriental : violet. C’était difficile de mettre des mots sur les odeurs ! Il était plus naturel pour nous d’attribuer des couleurs à l’odeur. Ça aurait pu également fonctionner avec une installation lumière.

Vous avez accompli une véritable performance pour mener ce projet à bien…

D.T. : J’avoue que Benjamin a fait plus de nuit et moi plus de matin.

B.R. : Et au final, on a réussi à avoir quelque chose de cohérent graphiquement.

D.T. : Sur ces 24 heures, on a pu retranscrire toute l’évolution de notre matière première. Mais tu vois, à la fin, la courbe stagne. En fonction des heures où l’on sentait, c’était très différent. On sentait beaucoup mieux avant manger par exemple ! Cette timeline, c’est finalement 24 heures qui s’inscrivent pleinement dans notre vie.

Ci-dessous, le plan des endroits où Benjamin et Désirée ont senti l’odeur heure par heure pendant vingt-quatre heures !

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Vous trouverez ici le site du Studio Clara et Désirée, et, par ici, celui de Benjamin !