flore

Tu es comédienne avant d’être écrivaine. Peux-tu nous dire comment sarticulent ces deux pratiques ? Comment tu envisages lune par rapport à lautre ? Ton rapport à l’écriture ?

Les deux se mêlent au quotidien, j’aime les mots, les textes, c’est en partie ce qui m’a amené à être comédienne, dire un texte pour la première fois c’est comme rentrer dans la chair de l’auteur, comprendre ses impulsions d’écrivain et les réinvestir à chaque nouvelle représentation comme si on les découvrait pour la première fois. Forcément ce rapport-là à la littérature ou aux écritures dramatiques me nourrit quand j’écris, je me sers de mon travail de comédienne pour retravailler, je lis à voix haute et c’est grâce à ça que « j’entends » ce que je souhaite modifier.

Quelques mots pour décrire ton travail ?

J’aime ce qui est poétique et cru, je crois que cela se ressent dans mon écriture, je ne suis qu’au début de mon exploration mais le jeu et l’écriture ont en commun cela : on ne cesse jamais de les faire évoluer à force de travail et parfois on se fait soi-même surprendre, c’est passionnant et très enrichissant, une aventure dont on ne connaît jamais la fin.

Comment as-tu appréhendé le projet que nous tavons proposé ?

Avec beaucoup d’enthousiasme ! J’aime bien les défis surtout lorsqu’ils me poussent à envisager mon travail différemment, et j’aime l’idée qu’au départ j’ai écrit mon texte de mon côté mais que celui-ci s’insèrera dans un projet collectif avec des gens d’horizons très différents.

Comment as-tu procédé pour sentir les odeurs ?

J’ai ouvert les fioles plusieurs fois les jours qui ont suivi leur réception, je me suis laissé le temps, après avoir fait mon choix j’ai attendu une semaine avant d’écrire quoi que ce soit. J’ai démarré mon texte en écrivant ce qui me venait de manière instinctive, au départ il n’avait pas de trame précise. Je n’ai plus éprouvé le besoin de ressentir la matière première, j’ai laissé le souvenir cheminer dans mon subconscient, je suis partie de cette idée de quête, le parfum comme fil rouge, comme empreinte indélébile et pourtant insaisissable qui nous mène à l’autre si présent dans le souvenir et déjà évaporé.

As-tu fait sentir les petites fioles à des proches ?

Oui, comme j’éprouvais des difficultés à définir ma matière première je l’ai faite sentir à une autre personne, je me suis servi de son impression et des miennes qui finalement se rejoignaient.

Comment as-tu choisi cette odeur plutôt que lautre ?

La première fiole se rapprochait étrangement de mon parfum c’est pour cela que je ne l’ai pas choisie, pour son caractère trop familier. La deuxième m’intriguait, je la trouvais désagréable, une fois trempée sur le bâtonnet de test elle s’échappait directement, il m’était impossible de la retrouver, j’ai décidé de choisir celle qui était la moins évidente pour moi.

Quels mots/sensations te semblent lui correspondre ?

Une bouffée d’air insaisissable qui s’accroche aux muqueuses et repart aussitôt.

As-tu une idée de la matière première que tu as choisie, ou de sa famille (floral, boisé, animal, zesté, fruité, épicé…) ? Penses-tu quelle soit naturelle ou synthétique ?

C’est une odeur particulière, pas vraiment agréable, elle m’a tout de suite évoqué quelque chose de floral. Je pense qu’elle est naturelle mais cette essence m’évoque aussi quelque chose de plutôt chimique, je n’arrive pas vraiment à la classifier.

Si tu devais décrire le végétal qui la sécrète, comment serait-il ?

Vert, fraichement coupé et humide.

As-tu déjà participé à un projet mêlant plusieurs sens ?

Non c’était la première fois !

Portes-tu du parfum ? Lequel ?

Ambre sultan de Serge Lutens

Y a-t-il un ou plusieurs parfums important(s) pour toi ?

Ceux du Sud et du soleil, l’odeur des épices surtout le cumin, je suis attachée à celle de l’ambre que j’ai décidé de porter de manière quotidienne. J’aime sentir l’huile d’olive, la figue fraiche, l’eucalyptus, le feu de bois. Je suis très attachée à celles du thym, romarin, laurier, lavande qui m’évoquent mes racines provençales. Et sans oublier l’odeur de la ferme !

Quelles sont les odeurs qui te plaisent ? Te déplaisent ?

Des odeurs à tenir au chaud au creux du poignet, explosives mais discrètes, à respirer en toutes occasions, surtout pas sophistiquées, naturelles et marquantes.